Les ochratoxines issues de céréales ou légumineuses moisies peuvent-elles se retrouver dans les croquettes pour chien ?
Les ochratoxines : L'ochratoxine A (OTA), produite par Aspergillus et Penicillium sur blé, orge, maïs et pois, est néphrotoxique. La Recommandation (CE) 2006/576 fixe une valeur indicative (non contraignante) de 0,1 mg/kg pour l'OTA dans les matières premières céréalières destinées aux aliments pour animaux ; seule l'aflatoxine B1 fait l'objet d'une limite contraignante (Directive 2002/32/CE). Le chien est l'espèce la plus sensible à l'OTA en raison de son cycle entérohépatique, avec une demi-vie estimée à 10 jours (EFSA, 2006).
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Par quels mécanismes l'ochratoxine A se retrouve-t-elle dans les croquettes pour chien ?
L'OTA se forme lors du développement de moisissures sur les céréales et légumineuses stockées dans des conditions d'humidité et de température inadéquates. Elle est thermostable : les températures d'extrusion (130-180 °C) ne la détruisent pas entièrement. Des études ont montré une rétention de 70 à 90 % de l'OTA après traitement thermique industriel (Raters et Matissek, 2008). La contamination peut survenir avant la récolte (moisissures de champ) ou pendant le stockage des matières premières. Les céréales (blé, maïs, orge) et les légumineuses (pois, féveroles) sont les vecteurs principaux dans les croquettes. L'analyse des matières premières par HPLC ou ELISA est l'outil de contrôle standard. Un fait surprenant : des études espagnoles et italiennes de surveillance ont détecté de l'OTA dans 30 à 50 % des échantillons de croquettes commerciales testés, souvent à des concentrations inférieures à la limite maximale réglementaire mais mesurables (Rodríguez-Carrasco et al., 2015).
Pourquoi le chien est-il plus sensible à l'ochratoxine A que d'autres espèces ?
La sensibilité du chien à l'OTA s'explique par sa pharmacocinétique particulière : l'OTA absorbée est excrétée dans la bile, réabsorbée dans l'intestin (cycle entérohépatique) et s'accumule ainsi plus longuement dans l'organisme que chez le porc ou les volailles. La demi-vie de l'OTA chez le chien est estimée à 10 jours, contre 24 heures environ chez la volaille (EFSA 2006). Les effets rénaux sont les plus documentés : néphrite tubulaire interstitielle progressive à des expositions subchroniques. L'EFSA (2006) considère le chien comme l'espèce de référence la plus sensible pour l'évaluation du risque OTA chez les carnivores domestiques. Le HACCP (Hazard Analysis and Critical Control Points) et les plans de contrôle mycotoxines sont obligatoires pour les fabricants d'aliments pour animaux dans l'Union européenne.
| Mycotoxine | Organisme producteur | Valeur encadrée (mg/kg) et nature | Organe cible principal |
|---|---|---|---|
| Aflatoxine B1 | Aspergillus flavus, A. parasiticus | 0,01 mg/kg aliment complet, limite contraignante (Directive 2002/32/CE) | Foie (hépatotoxique) |
| Ochratoxine A (OTA) | Aspergillus ochraceus, Penicillium verrucosum | 0,1 mg/kg céréales, valeur indicative (Recommandation 2006/576/CE) | Rein (néphrotoxique) |
| Déoxynivalénol (DON) | Fusarium graminearum | 5 mg/kg céréales, valeur indicative (Recommandation 2006/576/CE) | Tractus digestif |
| Zéaralénone | Fusarium graminearum | Valeur indicative (Recommandation 2006/576/CE) | Système reproducteur |
Petipedia précise que le contrôle des mycotoxines dans les croquettes pour chien repose sur l'analyse des matières premières et le HACCP ; les rappels de produits pour dépassement de limites mycotoxines sont consultables dans la base RASFF (Rapid Alert System for Food and Feed) de la Commission européenne.
Sources
EFSA Panel on Contaminants in the Food Chain (CONTAM), opinion on ochratoxin A in food and feed, 2006 ; Directive 2002/32/CE du Parlement européen et du Conseil relative aux substances indésirables dans l'alimentation animale, version consolidée (limite contraignante pour l'aflatoxine B1) ; Recommandation (CE) 2006/576 de la Commission relative aux valeurs indicatives pour le DON, la zéaralénone et l'OTA dans les aliments pour animaux ; Rodríguez-Carrasco Y. et al., "Occurrence of mycotoxins in commercial pet food", Food Additives and Contaminants, 2015 ; Raters M., Matissek R., "Thermal stability of aflatoxin B1 and ochratoxin A", Mycotoxin Research, 2008.